Une génération Z qui ne se laisse pas faire : du Maroc à Madagascar, les jeunes dans la rue pour revendiquer de meilleures conditions sociales 

Au Maroc comme à Madagascar, une même silhouette occupe désormais l’espace public : celle d’une jeunesse décidée à faire entendre sa voix. La Génération Z africaine, connectée, informée et lucide, ne se contente plus d’attendre des réformes promises. Elle prend la rue, non pas pour contester par réflexe, mais pour exiger des conditions de vie dignes et une justice sociale longtemps repoussée.

Au Maroc : l’explosion d’un malaise longtemps contenu 

Le mouvement marocain, connu sous le nom de GenZ 212, est né dans les coulisses du web, sur Discord, dans un pays où les inégalités persistent malgré l’image séduisante d’un Maroc en voie de modernisation. L’étincelle a été provoquée par une série de décès de femmes enceintes admises pour césarienne à l’hôpital public Hassan II d’Agadir. Mis en lumière par les réseaux sociaux, ces drames ont été perçus comme le symbole d’un système de santé défaillant.

Dans les jours qui ont suivi, la contestation a pris de l’ampleur. Elle ne répondait pas seulement à ce scandale médical, mais à un sentiment plus profond : celui d’un pacte social trahi. Derrière les slogans, reviennent les mêmes griefs : la vie devenue trop chère, la précarité, l’injustice, la désillusion politique.

Les jeunes dénoncent aussi le contraste saisissant entre les milliards investis dans les infrastructures sportives pour la Coupe d’Afrique et la Coupe du monde 2030, et l’abandon flagrant des services publics de base. Ce ne sont plus les anciens militants qui occupent la rue, mais une génération née avec le numérique, qui filme, partage, documente sa révolte en temps réel.

Leurs revendications dépassent le simple besoin de subsistance. Ils exigent la dignité, le travail, la transparence. Leur colère, longtemps ignorée par les élites, s’affiche désormais sur les timelines du monde entier, mettant en lumière un fossé grandissant entre gouvernants et gouvernés. Dans une lettre adressée au roi Mohammed VI, le collectif GenZ 212 est allé plus loin : il réclame la dissolution du gouvernement, dénonçant son incapacité à répondre aux urgences sociales et son échec à protéger les droits constitutionnels des citoyens.


À Madagascar : le cri d’une jeunesse oubliée

À plus de 8 000 kilomètres de Casablanca, sur les pavés d’Antananarivo, une autre jeunesse s’est levée. À Madagascar, les difficultés sont plus quotidiennes mais tout aussi étouffantes : coupures d’eau, délestages constants, pauvreté persistante. La Génération Z malgache, diplômée mais sans emploi, connectée au monde mais coupée du pouvoir, réclame que la justice sociale cesse d’être un slogan et devienne une priorité nationale. Elle rejette les promesses sans lendemain et veut construire une démocratie concrète, où les dirigeants gouvernent avec/pour et non contre le peuple.

Le 25 septembre 2025, des milliers de jeunes ont bravé l’interdiction officielle pour manifester à Antananarivo. Les premiers cortèges étaient pacifiques : marcher, protester, exiger un minimum de dignité. Mais l’ampleur de la mobilisation a marqué une rupture dans l’histoire récente du pays. Très vite, les revendications se sont élargies : accès à l’eau et à l’électricité, mais aussi départ du président Andry Rajoelina, dissolution du gouvernement, réforme du système électoral et lutte réelle contre la corruption.

Sous la pression, le chef de l’État a annoncé la dissolution de son gouvernement et promis la nomination prochaine d’un nouveau Premier ministre. Mais pour beaucoup de jeunes dans la rue, ces annonces sont jugées insuffisantes. Elles apparaissent comme des concessions de circonstance, loin des réformes structurelles que la  jeunesse appelle de toutes ses forces.

Maroc et Madagascar : la lutte convergente de la nouvelle génération 

Casablanca et Antananarivo révèlent une même réalité : celle d’un dialogue institutionnel déserté. Les revendications diffèrent selon les contextes mais convergent dans leur essence. Au Maroc, la critique s’enracine dans la juxtaposition criante entre les milliards investis pour la Coupe d’Afrique et la crise hospitalière qui prive les citoyens de soins. À Madagascar, c’est la compagnie Jirama, symbole des coupures d’eau et d’électricité, qui cristallise l’échec d’un État incapable de répondre aux besoins élémentaires de sa population.

Ces mobilisations locales expriment en réalité une exigence universelle : dignité, justice et redevabilité. Elles sont devenues des laboratoires de conscience civique où se forge une génération qui refuse le silence. Pour beaucoup, la rue est désormais la seule tribune qui reste, le seul espace où l’on peut encore peser.

Du nord au sud, de la Méditerranée à l’océan Indien, se déploie une même conscience : celle d’une jeunesse hyperinformée, exposée aux réseaux sociaux, exigeante et radicale. Elle n’a plus foi dans les partis traditionnels ni dans les modèles hérités du passé. Elle se mobilise en ligne, s’autoforme, crée des coalitions éphémères mais efficaces, là où les organisations classiques s’essoufflent.

Ce n’est pas la rue pour la rue. C’est la rue comme ultime espace de vérité, là où s’expriment enfin des vies trop longtemps ignorées.

Conclusion : le temps des révoltes conscientes

Ces mouvements, épars mais convergents, ne sont pas que des révoltes : ils sont des laboratoires de conscience civique. Ils disent non à l’injustice, mais surtout oui à une autre Afrique, celle d’une jeunesse qui veut penser, décider et vivre autrement. La Génération Z africaine n’attend plus des lendemains qui chantent : elle veut un aujourd’hui qui change. Et si la rue devient tribune, c’est que les institutions ont déserté le dialogue. À défaut de trouver la justice dans les palais, ils la cherchent dans la clameur. Dans notre  Afrique où la résilience a trop souvent tenu lieu de projet politique, la nouvelle génération ne réclame pas seulement un avenir : elle exige un présent digne. Et si les dirigeants n’entendent pas ses cris, l’Histoire, elle, les retiendra.


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